Installée sur le flanc de la colline de Belleville, la discrète rue des Cascades dégage aujourd'hui une atmosphère presque provinciale. Pourtant le numéro 44 de cette paisible artère a été immortalisé au cinéma par Jacques Becker en 1952.
C’est ici que furent tournées certaines scènes extérieures de son chef-d’œuvre, Casque d’or, porté à l'écran par l’incandescente Simone Signoret. Le film puise sa source dans un fait divers retentissant de la fin du 19e siècle, mettant en scène la figure iconique d'Amélie Elie dans les rues de Belleville. Surnommée « Casque d’Or » en référence à sa splendide chevelure, la belle fut l'objet d'une rivalité sanglante entre deux chefs de bandes : Manda, dit « de Belleville », et Leca, de la « bande des Popincs » (Popincourt).
La lutte pour ses beaux yeux ne fut pas une simple querelle de souteneurs. Elle s’inscrit dans le phénomène des « Apaches », ces groupes de délinquants parisiens dont la vogue médiatique marqua la capitale de 1900 jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Le paroxysme de cette rivalité éclata en 1902. Après une fusillade en pleine rue, Leca, blessé, chercha refuge à l’hôpital Tenon. À sa sortie, il fut sauvagement agressé au couteau par Manda et ses hommes. Cette ultime tentative d’assassinat propulsa l’affaire sur le devant de la scène, captivant une opinion publique avide de faits divers. Le procès qui suivit scella le destin des deux rivaux, condamnés au bagne de l'île au Diable, en Guyane, d'où ils ne reviendront jamais.
Après le tumulte de l'affaire des « Apaches » et la condamnation de ses amants, la vie d'Amélie prit un tournant plus paisible, loin des projecteurs et de la violence. Elle mit fin à ses activités de prostitution et, en 1917, elle épousa un cordonnier parisien, s'efforçant de mener une existence honnête et discrète, au point de confier à des journalistes en 1925, qu'elle était devenue une « bonne épouse » gagnant sa vie par son travail.
Amélie s'éteignit finalement le 6 avril 1933, à l'âge de 55 ans, emportée par la tuberculose. Elle repose aujourd'hui au cimetière de Bagnolet, loin de la frénésie du Paris de la Belle Époque qui avait fait d'elle une légende urbaine.
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Théophile Alexandre Steinlen 1890-1898 - Danse apache - Public Library, NY
Portrait d’Amélie Elie dite Casque d’or - Eugène Pirou
Levez les yeux au ciel si vous passez du côté de l’avenue de St-Ouen à Paris ! À l'angle de la rue Collette, une monumentale réclame vintage pour l'Amer Picon s'affiche fièrement sur une façade.
Ce mur peint, véritable fantôme du passé, est l'œuvre des pignonistes, artistes-façadiers de l'extrême. Sans aucun harnais, perchés sur de simples planches suspendues dans le vide, ces hommes intrépides peignaient des fresques géantes à main levée.
Saviez-vous qu'à l'origine, le Picon était un médicament ? En 1837, alors engagé dans l'armée en Algérie, le distillateur Gaétan Picon invente cette potion à base de zestes d'orange, de quinquina et de gentiane pour guérir du paludisme et purifier l'eau des soldats !
Dès 1925, l'artiste italien Severo Pozzati - alias Sepo - établi à Paris, imagine une création Art Déco, haute en couleur et délicieusement excentrique, où un serveur aux accents cubistes s'affaire autour d'un siphon d'eau de Seltz. À l'époque, l'audace visuelle frappe les esprits : l'association percutante entre le rouge signature de la marque et un fond orange flamboyant casse les codes traditionnels avec une modernité insolente.
Si désormais les affiches vantant les mérites du Picon sont rares, le vestige mural de la rue Collette offre une parenthèse nostalgique aux passants, mêlant l'histoire de l'art de rue à celle d'un apéritif mythique.
Un détail à découvrir en suivant le circuit de mon dernier livret-promenade « Des Épinettes à la Plaine-Monceau ». En vente à l’Esperluète (Chartres) et en ligne
Réclame de la rue Collette ©Anne Chevée
Ces livrets vous proposent une traversée de Paris construite autour d’une sélection de détails et d’anecdotes, autant de petits riens offrant une autre manière de voir l’histoire des lieux. Le quartier traversé se découvre comme un millefeuille dont les épaisseurs seraient à la fois géologiques, historiques, artistiques et anecdotiques.
Traversée 1. "De Passy au quartier du Gros-Caillou" Commande en ligne
Traversée 2. "De Bercy à la rue Mouffetard" Commande en ligne
Traversée 3. "Des Épinettes à la plaine Monceau" Commande en ligne
Alors que l’on célébrait hier, 4 juillet 2026, l’anniversaire de l'Indépendance américaine, rappelons que c’est à Paris que la statue de La Liberté éclairant le monde a vu le jour. Conçue par le sculpteur Auguste Bartholdi, cette œuvre monumentale s'est élevée dès 1881 au cœur des ateliers Gaget-Gauthier, près du parc Monceau.
Atteignant sa hauteur maximale de 46 mètres en 1884, cette immense carcasse métallique devint alors le plus haut monument de la capitale, devançant la future Tour Eiffel.
Pendant quatre ans, l'assemblage de ce puzzle de plaques métalliques fascina les foules, Bartholdi invitant le public à grimper jusqu'à la tête du colosse pour admirer Paris. Même Victor Hugo viendra saluer ce géant avant son démontage en 350 pièces pour l’Amérique en 1885.
Les ateliers ont disparu, mais ce tableau du musée Carnavalet immortalise à jamais ce moment d'histoire.
La statue de la Liberté de Bartholdi, dans l'atelier du fondeur Gaget, rue de Chazelles à Paris vers 1884 © Musée Carnavalet, Paris
La rue de Chazelles est l'une des étapes de mon dernier livret-guide "Des Epinettes à la Plaine-Monceau par les Batignolles". En vente à la librairie L'Esperluète - Chartres et en ligne.