À la fin du 19e siècle, le paon est un motif incontournable, incarnant le luxe et le raffinement, notamment popularisé par les illustrations d'Aubrey Beardsley pour Salomé d'Oscar Wilde. Sa structure souple et ses ocelles graphiques en font un ornement idéal qui souligne la taille et épouse élégamment le corps des femmes.
Soucieux de restituer les nuances raffinées de la plume de paon, le maître joaillier bruxellois Philippe Wolfers associait volontiers des matériaux d'exception : or patiné, rubis et surtout opale, dont les reflets iridescents évoquent les effets du plumage.
Bien souvent considérées comme trop excentriques par la haute société de l'époque, ces pièces trouvèrent pourtant une ambassadrice de choix en la personne de son épouse Sophie, qui les portait lors des bals à Bruxelles.
Chaque création de Wolfers était unique. Grâce à ses registres minutieux conservés dans les archives belges, on sait qu’il brisait systématiquement les moules en cire ou en plâtre après fabrication, rendant toute reproduction impossible. Fait surprenant : lorsqu'une pièce ne se vendait pas lors des Salons internationaux, il la démontait lui-même pour récupérer les pierres précieuses. Quand la joaillerie flirtait avec l'art éphémère…
Cet hiver, le Petit Palais accueillera une exposition consacrée à la scène artistique foisonnante de la capitale belge dont l’influence marquera durablement les arts européens du tournant 20ᵉ siècle. Cette exposition sera présentée, en salle, à Chartres, lors du cycle Expos.
En salle à Chartres avec le cycle Tout connaître de Paris puis, sur place lors de visites guidées proposées en complément, nous allons explorer "l’art de rien" les quartiers situés entre le parc Montsouris et le cimetière du Montparnasse. Cette traversée du 14e arrondissement présentée en salle permet de découvrir un détail ou une anecdote sur le circuit choisi puis de le replacer dans le cours de l’histoire des arts. Elle est accompagnée de l’édition d’un livret-guide remis en fin de cycle (inclus dans l’inscription).
Pour cette saison, focus sur : des roses et des briques, la tombe d'un géant de quatre mètres, les traces du méridien de Paris, de discrètes impasses rythmées par des maisons d'architecte, des truites "truitomètres", l'incroyable réseau des catacombes, les amours de Lénine, un hopital transformé en prison sous la Révolution, les décors insolites des tombes du cimetière du Montparnasse, la Résistance sous l'occupation et la Libération en 1944 ...
Horaires du cycle Tout connaître de Paris
mardi : 14h à 15h - 15h30 à 16h30 (complet) / mercredi : 9h30 à 10h30 - 11h à 12h
Le cycle Expos + offre un éventail varié des expositions parisiennes de la saison en cours : Cézanne et ses fans ; Zurbaran, l'éternel Tintoret ; Warhol dessinateur ; les secrets de l'Alhambra nasride; l'indépendante Mary Cassatt, amie de Degas, 40 ans de mode au musée ...
L’inscription à la carte est proposée (uniquement) pour le cycle Expos+. C’est-à-dire la possibilité de choisir 5, 10, 15 ou 20 séances.
Horaires du cycle Expos +
mercredi : 18h30 à 19h30 (quelques place disponibles) / jeudi : 20h30 à 21h30 (places disponibles) / vendredi : 9h30 à 10h30 (quelques places disponibles) - 11h à 12h (complet) - 14h30 à 15h30 (quelques places disponibles)
Pour enrichir chaque cycle : un résumé distribué en salle lors de chaque conférence sera complété par un document plus détaillé envoyé par mail et vous pourrez consulter un site dédié proposant divers liens (bibliographie, médias …)
Les séances peuvent être suivies en salle, à Chartres ou en visioconférence (en direct ou en différé).
Pour obtenir le programme détaillé, il suffit d'en faire la demande par mail à anne-chevee@orange.fr
A bientôt !
Anne Chevée
À vingt mètres sous le pavé parisien, au cœur du plus grand ossuaire du monde, les Catacombes suscitent depuis le 19e siècle une fascination morbide qui ne s'est jamais démentie. Inauguré en 1809, cet étrange dédale séduit rapidement les amateurs de lieux insolites et mystérieux. L'exploration de ces anciennes carrières s'apparente alors à une véritable expédition. Guidé à la lueur de bougies vacillantes par des inspecteurs audacieux, le visiteur s'enfonce dans l'obscurité moite des galeries, un contraste saisissant avec l'effervescence des grands boulevards haussmanniens.
Cet « empire de la mort » devient vite le rendez-vous de la bourgeoisie romantique. Issu des vastes transferts qui ont vidé les cimetières parisiens à la fin du 18e siècle, ce spectacle saisissant est en réalité le fruit du travail titanesque mené par l'inspecteur Louis-Étienne Héricart de Thury.
Nommé en 1810, il métamorphose le dépôt chaotique en un véritable musée souterrain grâce aux « hagues ». Ces murets de pierres sèches, initialement conçus pour stabiliser les carrières, deviennent sous son impulsion l'ossature architecturale de l'ossuaire. S'appuyant rigoureusement sur ces hagues, il fait réagencer les millions de crânes et d'os longs en façades géométriques saisissantes, transformant les vestiges humains en une impressionnante tapisserie funéraire.
Ce décorum macabre est complété par des inscriptions, des maximes philosophiques et des monuments tels que le sarcophage du lacrymatoire. Pour guider ces touristes d'un genre nouveau à travers ce réseau complexe, un simple trait noir tracé au plafond sert de fil d'Ariane. Cette organisation minutieuse attire une foule considérable, incluant des figures illustres comme l'empereur d'Autriche François Ier en 1814, Napoléon III en 1860, ou encore le photographe Nadar, qui y capture la lugubre beauté des lieux.
Pourtant, cette curiosité frôle parfois l'excès, hier comme aujourd'hui. Sous le Second Empire, les autorités peinaient déjà à endiguer l'afflux de visiteurs indisciplinés, adeptes de fêtes clandestines et de pillages macabres. Face à ces débordements qui persistent à notre époque — où certains visiteurs n'hésitent pas à dérober des ossements dès que la surveillance se relâche —, la ville a dû réglementer strictement l'accès à ce royaume souterrain. En structurant l'espace autour de ses célèbres hagues et de ses murs d'ossements, le Paris du 19e siècle a finalement inventé un nouveau tourisme urbain : celui d'une intime et troublante confrontation avec l'éternité.
Un lieu présenté lors du cycle Tout connaître de Paris 2026-2027, plus d’informations ci-dessus.
À deux pas du calme solennel du cimetière Montparnasse, un hôtel particulier Art déco offre une immersion poétique dans l'univers de l'un des sculpteurs majeurs du 20e siècle, loin des grands musées impersonnels.
Dès le seuil franchi, le visiteur pénètre dans un espace où le temps semble s'être figé. Le point d’orgue de la visite est la reconstitution magistrale du mythique atelier de la rue Hippolyte-Maindron. On y découvre les murs peints par l'artiste lui-même, son mobilier et ses objets du quotidien, témoins d'une vie entièrement vouée à la création.
Les silhouettes filiformes sculptées par Giacometti questionnent la condition humaine et la solitude. Fragiles et d'une infinie sensibilité, ces pièces originales révèlent le geste créateur de l'artiste.
Arrivé à Paris en 1922, Giacometti s’installe en 1926 dans un tout petit atelier de 24 mètres carrés, situé au 46, rue Hippolyte-Maindron, non loin de là. Malgré la consécration internationale et sa fortune, il refusera toute sa vie de quitter ce taudis exigu sans eau courante, au toit fuyant et au matelas élimé posé à même le sol. Un jour, un galeriste américain inquiet lui offre une belle somme d'argent afin d’acquérir un appartement moderne : l'artiste accepte les fonds... pour s'acheter une belle voiture, sans quitter son refuge. Pour lui, seul cet espace encombré permettait de nourrir son art.
C'est dans ce climat d'urgence existentielle qu'apparaît en 1960 L'Homme qui marche. Plus qu'une simple œuvre en bronze, cette silhouette filiforme, écorchée et hiératique, renouvelle profondément la sculpture moderne tout en s'inscrivant dans la lignée de Rodin. Dépouillé de tout superflu, le corps étiré semble fendre l'espace, suspendu entre un pas en avant et l'immobilité éternelle. Symbole de puissance plastique, cette icône incarne à la fois la fragilité de l'après-guerre et la résilience de l'Humanité face au néant.
Entre expositions temporaires audacieuses et permanence de l'esprit bohème, l'Institut Giacometti reste une étape incontournable pour saisir toute la puissance de l'art moderne. Un lieu présenté lors du cycle Tout connaître de Paris 2026-2027, plus d’informations ci-dessus.
Que cachent les plis d’une blouse d’atelier ? Plus qu’une simple protection contre la poussière ou le plâtre, le vêtement de l’artiste est un autoportrait en creux. Deux figures majeures de la modernité, Antoine Bourdelle et Gustav Klimt, l’ont bien compris, transformant leur garde-robe en un véritable outil de mise en scène.
À Paris, la récente découverte – au fond d’une armoire – de seize vêtements ayant appartenu à Bourdelle, a levé le voile sur cette dualité fascinante. Le sculpteur, sous sa barbe monumentale, oscillait avec adresse entre deux mondes. Si l’artiste maniait l’argile vêtu de rudes blouses en chanvre, le dandy parisien, lui, se fournissait chez E. Charvet, prestigieux chemisier de la place Vendôme. Cette « relique » textile, que le musée Bourdelle s’apprête à exposer cet hiver, offre un tête-à-tête charnel avec l’intimité du sculpteur.
À Vienne, la démarche de Klimt est bien plus radicale. Le maître de la Sécession a fait de sa longue blouse en lin indigo une signature visuelle, rejetant les carcans rigides de la bourgeoisie fin de siècle. Plus qu’un vêtement de travail, cette « robe de réforme » (Reformkleid), portée à même la peau, était un manifeste de liberté. Une vision partagée avec sa compagne, la créatrice Emilie Flöge.
Dans son célèbre portrait de 1902, Klimt sublime cette recherche stylistique. Il ne se contente pas de peindre une robe : il fond le corps de sa muse dans une surface ornementale, préfigurant l’esthétique radicale de la Wiener Werkstätte. À travers ces tissus — qu’ils soient tachés de plâtre ou brodés de motifs byzantins — c’est tout le mythe de l’« artiste-bohémien » qui se construit. Entre nécessité fonctionnelle et geste esthétique, ces pièces textiles nous rappellent que, pour ces maîtres, la création commençait bien avant de toucher la toile ou la pierre : elle s’enfilait dès le matin.
« L’étoffe de l’artiste », une exposition du musée Bourdelle cet hiver et un prochain sujet du cycle Expos ART’Hist 2026-2027 ; plus d'informations sur les cycles en salle ART'Hist ci-dessus.
Bourdelle et la danseuse américaine Grace Christie - 1925 - Paris Musées collections.
Portrait d'Emilie Flöge - 1902 - Gustav Klimt - Wien Museum, Vienne.